Andrea Del Lungo

Diplômé des universités de Pise, Paris VIII et enfin de Rome où il a soutenu en 1995 sa thèse de doctorat, Andrea Del Lungo obtient un poste de maître de conférences à l'Université Toulouse 2 en 2000. Il intègre en 2011 l'Université de Lille - SHS et le laboratoire Alithila (Analyses littéraires et Histoire de la langue) en tant que professeur des universités, spécialiste de la littérature romanesque et des liens entre littérature et savoirs au XIXe siècle. Il est membre junior de l'Institut Universitaire de France depuis 2008.

 

L'incipit romanesque

Andrea Del Lungo s'est intéressé, dès ses premiers travaux de recherche, aux incipit romanesques, ces débuts de romans – sorte de lieu stratégique du texte et de la lecture – où se noue la relation entre le lecteur et l'histoire et où s'exerce, comme en témoignent ses recherches sur les manuscrits d'auteurs, la fameuse "peur de la page blanche".

Aux origines de son intérêt pour l'incipit romanesque se trouve sa pratique de lecteur. Pourquoi un livre plaît-il ? Pourquoi, parfois, n'en lit-on jamais que le début ? La découverte du roman expérimental d'Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur (1979) – suite de dix débuts de romans non aboutis – a suscité un peu plus encore son intérêt pour cet objet d'étude, dans un contexte où la structure du texte retenait encore fortement l'attention des critiques et théoriciens de la littérature.

Dans sa thèse intitulée Les débuts difficiles. Pour une poétique de l’incipit romanesque. Modèle et variation dans l’œuvre de Balzac, Andrea Del Lungo a esquissé une perspective historique des débuts de romans. Formé à l'école de Barthes et de Genette, il a étudié le texte littéraire en relation à sa structure et à un certain nombre de catégories universelles, sans toutefois négliger l'histoire de ses formes et le sens que celles-ci véhiculent. En 2003, les Éditions du Seuil ont publié son travail dans la collection "Poétique" sous le titre L’incipit romanesque.

 

Littérature et connaissances

Le roman réaliste, particulièrement propice pour observer l'empreinte de disciplines naissantes sur la littérature, a conduit Andrea Del Lungo à s'intéresser plus récemment, dans une perspective interdisciplinaire, à la littérature comme forme de connaissance capable de se rapporter à d'autres formes de savoirs, à l'image de la sociologie.

Son intérêt pour les liens entre littérature et architecture l'amène aussi à se pencher sur la thématique du regard, à travers l'image particulière de la fenêtre – au cœur de la représentation littéraire depuis Pétrarque – et qui constitue selon lui un seuil médiateur permettant au lecteur ou à l’auteur de s’impliquer dans l'histoire. Son ouvrage, entièrement consacré à la question, paraîtra en mars 2014 aux Éditions du Seuil, dans la collection « Poétique », sous le titre La Fenêtre. Sémiologie et histoire de la représentation littéraire.

 

Les apports du numérique

Sa nomination à l'Institut Universitaire de France a également permis à Andrea Del Lungo de rassembler une importante équipe de recherche sur l'œuvre balzacienne. Il dirige depuis 2009 le projet d'une nouvelle édition de la Comédie humaine aux éditions Garnier, dont le supplément numérique – point fort de cette réédition – offrira au lecteur la possibilité de redécouvrir tous les états du texte publiés du vivant de l'auteur. Le système de comparaisons de variantes permettra ainsi de visualiser les corrections apportées par l'auteur et d'analyser l'histoire du texte lui-même. Le premier tome est prévu pour 2015.

Parmi les projets qu’Andrea Del Lungo nourrit depuis plusieurs années figure enfin la construction d'une bibliothèque virtuelle d'auteurs rassemblant toutes les sources contemporaines ayant nourri l'écriture d’une œuvre littéraire. La matière employée, évoquée ou réécrite par l’auteur, ainsi mise en lumière, apportera un éclairage nouveau sur le processus de création en littérature.


Andrea Del Lungo dirige par ailleurs pour les éditions Garnier la collection « Théorie de la littérature » et la série « Balzac » et valorise volontiers son travail dans des revues de vulgarisation scientifique telles que le Magazine littéraire ou Le Monde des Livres. Il a également traduit pour le Théâtre des Champs-Elysées les livrets de plusieurs opéras d'Antonio Vivaldi et Georg Friedrich Haendel.